C’était une belle couronne de l’avent posée sur la table de communion. Elle était décorée de branches de sapin, d’écorces et de pives. Huit majestueuses bougies roses-rouges dominaient la couronne, elles étaient groupées par deux pour chaque dimanche.
Dimanche matin, le sacristain allume les deux premières bougies. Premier Avent. Une lumière douce et chaleureuse illumine le chœur et réjouit les paroissiens.
Comme chaque année une méditation a lieu en fin de journée pendant la période de l’Avent. A cette occasion on allume les bougies de la couronne, on chante, on écoute un texte et on prie. Ainsi le lundi, elles sont à nouveaux allumées pour la méditation, comme c’est prévu tous les soirs.
Et voilà que le mardi, lorsque les fidèles arrivent à l’église pour la méditation de l’avent, la couronne avait perdu deux de ses huit bougies. Là où il y avait deux bougies pour le troisième dimanche et deux bougies pour le quatrième dimanche, il n’y en avait plus qu’une.
Les personnes présentes se regardaient et se demandaient qui donc avait eu le culot de voler des bougies de la couronne de l’avent. Personne n’en savait rien. Ni le sacristain, ni le pasteur, ni personne d’autre, chacun se demandait comment c’était possible qu’on fasse pareille chose. Néanmoins, la méditation a lieu, le mardi et les jours qui suivent dans le recueillement et la douce lumière.
Puis arrive le deuxième dimanche de l’Avent. Pour le culte, le sacristain allume les deux bougies pour le premier dimanche et les deux pour le deuxième dimanche. La lumière est très belle et douce. De loin on remarque à peine qu’il manque deux bougies.
Puis le lundi et le mardi soir il y avait à nouveau les méditations. On allume les bougies du premier et du deuxième avent. Le mercredi, coup de théâtre, deux autres bougies ont disparu. Ce sont celles du troisième et du quatrième avent qui n’avait pas encore été allumées. Ainsi la couronne a maintenant d’un côté quatre bougies allumées et de l’autre des places vides. Là où les bougies avaient disparu il ne restait plus que les supports.
Les fidèles contemplent la couronne avec stupéfaction. Ils se regardent les uns les autres, ils s’interrogent. Qui ? Pourquoi ? Est-ce la même personne qui a pris les quatre bougies en deux fois, ou est-ce que ce sont des personnes différentes. Et dans quel but ? Faire une farce, se moquer de l’Avent, ou tout simplement pour faire sa décoration de Noël avec ces quatre bougies.
Dans l’immédiat il faut remédier au plus urgent, c’est-à-dire réparer la couronne amputée de deux bougies. Les uns proposent carrément d’en acheter une nouvelle, celle-ci pourrait peut-être porter malheur. D’autres voudraient acheter des bougies pour remplacer discrètement celles qui manquaient. Finalement il a été décidé de réparer la couronne en mettant de belles pives à l’endroit où les bougies avaient été fixées et où il y avait une sorte de cicatrice. La couronne était guérie, mais elle boitait d’un côté, avec les bougies à droite, les pives à gauche.
La disparition des bougies de l’avent restait un mystère et leur absence remplissaient les esprits de questions et d’interrogations. Pourquoi ? Quoi ? Quand ? Comment ? On se demandait même si le voleur s’arrêterait là ou s’il allait aussi emporter les bougies restantes.
La plupart des personnes pensaient que c’était un voleur malintentionné qui avait pris les bougies pour faire sa décoration. Sans aucun respect ni pour le bien d’autrui, ni pour l’église, ni même pour Dieu. Et ils cherchaient à deviner qui était ce voleur ou cette voleuse. Certains avaient même des soupçons, mais personne n’osait porter des accusations.
D’autres se disaient que c’était une farce, le défi d’un groupe de jeunes par exemple. Ou un pari un peu bizarre fait sur le dos de l’église. Mais voilà, la plaisanterie avait assez duré, il faut les rendre, pour qu’un puisse terminer l’Avent dans la sérénité, disaient-ils tout haut.
Ils étaient là à discuter et à s’interroger quand un enfant est venu et s’est écrié : « Ah, les bougies ont décidé de partir. Elles vont éclairer les autres maisons. Là où il fait nuit, où tout est noir et sombre, où on a peur. Elles sont parties pour apporter la lumière de Dieu aux personnes qui ne le connaissent pas. »
« Tais-toi, disait un homme bien énervé, on ne plaisante pas là-dessus, on les a volées, un point c’est tout ! »
« Mais non, l’enfant a raison, disait une vieille dame. Il y a bien assez de lumière ici dans notre église. Et pas assez dans le cœur du monde et auprès des malheureux. Les bougies sont parties délibérément. Elles sont sorties pour annoncer l’amour de Dieu là où il est le plus nécessaires, pas dans l’église où il est de toutes manières. »
« Mais alors comment ont-elles fait pour sortir », demanda un jeune en rigolant.
« Eh bien elles ont emprunté les jambes d’un passant, qui les a emmenées là où elles devaient aller. Vous pensez que c’est un voleur, moi je vous dis qu’en réalité cet homme ou cette femme est un porteur de Dieu. Il amène la lumière là où elle manque, là où elle est la bienvenue, là où elle est accueillie. Dans une étable peut-être, auprès d’un âne sûrement, là où on ne l’attend pas, mais où elle brille de toute sa force. »
Ne pleurez pas la disparition des bougies, mais réjouissez-vous que la lumière divine voyage de par le monde et illumine aussi ceux qui vivent dans le noir.

Laisser un commentaire